Ailleurs maintenant

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 Il me semble que cela fait une éternité que je n’ai pas vécu au grand air. Celui fait de ciels immenses comme on n’en fait plus dans nos villes aux toits trop hauts, aux maison trop serrées comme si elles craignaient le froid de la solitude, parce qu’on a perdu l’habitude de ne vivre qu’avec soi, parce qu’on est quand même plus forts quand on est ensemble. Ensemble sans trop se regarder, chacun bien trop occupé à trouver un moyen d’exister.

Que le temps me semble long, qui s’étire du petit jour à la tombée de la nuit. J’ai la fin du mois d’août qui me monte à la tête et l’impatience juste là au bord du coeur. C’est insupportable comme je meurs d’envie d’être ailleurs. (…)

Un autre jour, je m’effraye du temps qui s’échappe sans rien demander d’autre en retour que « Et que fais-tu de ta vie, maintenant ? ». Moi qui ai tant travaillé à sentir battre le sang dans mes veines à chaque seconde, à prendre le temps d’être ici et maintenant, je rougis de me voir fuir vers un bonheur hypothétique de deux petites semaines seulement. La promesse de ce sursis de rien du tout mérite-t-elle que je lui donne en offrande tous les jours que je décompte jusqu’à lui ? Je pense « Et que fais-tu de maintenant ? » et ma gorge se serre, alors « Qu’est-ce que tu attends ? ».

Tout à coup, ce besoin de me consacrer à donner du sens s’empare pour un temps de ma raison et je rêve d’avoir le courage de ne plus rien subir au nom de la sécurité – une chimère, à n’en pas douter -, je rêve de ne plus me surprendre à vivre dans l’attente, le regard tourné vers un demain qui vient – Dieu ! qu’on le sait pourtant trop bien – toujours un peu trop tard, toujours un peu trop loin.

(Ecrire ces mots et tomber sur le post de Mai qui parle si bien de ça, aussi.)

Post Scriptum : J’ai adoré vous lire en réponse à l’article précédent. C’est beau de prendre le temps d’écouter le rapport que d’autres entretiennent avec la lecture, ces petits récits de vie sont si intimes et si universels à la fois. Pour celles/ceux qui seraient tentés de se raconter en échange de quelques romans, vous avez encore jusqu’à ce dimanche à minuit pour nous faire voyager.

D’ici là, prenez soin de vous, surtout.

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Nos belles histoires (& un cadeau)

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Je devais avoir dix ans, tout au plus, lorsque j’ai lu pour la première fois, les coudes enfoncés dans les draps, « L’histoire d’Helen Keller ». En ce temps-là, je considérais les quelques dizaines de livres qui constituaient la petite bibliothèque familiale comme un trésor de belles histoires. J’estimais alors qu’il devait y avoir derrière ces couvertures dépassées tout ce qu’il eut fallu connaître en matière de littérature pour prétendre faire partie des braves gens. Aujourd’hui encore, je remercie mes parents d’avoir eu le bon goût de nous laisser naviguer sans boussole le long des étagères de bois, si bien que j’aurais pu entreprendre la lecture des sept tomes d’« A la recherche du temps perdu » à douze ans sans que l’on ne s’étonne de rien à la maison – depuis j’ai tenté de lire Proust cinq fois sans succès, c’est terriblement regrettable mais je crois que je m’en accommode plutôt bien.

Mes lunettes rondes sur le bout du nez, j’ai lu « L’histoire d’Helen Keller » jusqu’à la connaître par coeur, jusqu’à apprendre le braille toute seule dans le dictionnaire au petit matin, jusqu’à en oublier de dormir la nuit à force de guetter les odeurs d’incendie, jusqu’à envisager l’écriture de romans sur ma machine à écrire en plastique bleu et blanc. Après Helen, il y a eu « La grande crevasse » et mes mains gelées par le froid, « Le vieil homme et la mer » et le sel pris dans mes cheveux, et puis Jules Verne et Lafontaine et Molière et Barjavel et Tolkien et Maupassant, et puis Rimbaud. Et puis les autres, tellement d’autres, qui me passaient entre les doigts au détour d’un rayon de la grande bibliothèque communale le mercredi après-midi et que je fourrais par cinq dans mon cartable « pour deux semaines s’il-vous-plaît » – j’avais découvert entre-temps que je n’aurais pas assez d’une vie pour lire tout ce que les gens de lettres avaient à me dire et décrété qu’il n’y avait plus de temps à perdre.

Les livres, de quelque nature qu’ils soient, continuent à affiner le spectre au travers duquel je comprends le monde du haut de mes vingt-six printemps. Et si je n’ai jamais vraiment cessé de lire, il me reste une flotte entière de caravelles pleines de mots à découvrir.

Alors, j’ai quelque chose à vous proposer. Un petit jeu où on aurait tous un petit peu à gagner. Vous me racontez d’ici dimanche soir minuit comment un livre en particulier a marqué un moment de votre vie et moi, en échange, j’offrirai à l’un(e) d’entre vous – choisi(e) par le plus grand des hasards – l’intégralité de mes lectures de juillet*. Les seules conditions pour prétendre à ce petit cadeau sont de résider quelque part en Europe et de n’avoir aucune velléité particulière envers les livres de seconde-main.

Au plaisir de vous lire à mon tour. D’ici là, prenez soin de vous.

* « Mille jours en Toscane » de Marlena de Blasi, « Corps et âme » de Frank Conroy, « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt, « No et moi » de Delphine de Vigan et « Voyez comme on danse » de Jean d’Ormesson.

Prends soin de toi

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Quatre mots seulement, une seconde et cinquante-trois centièmes, le temps de rater un oeuf à la coque, le temps de dire « toute la bienveillance que j’ai pour toi ». Les mots ne font pas exception, les expressions fugaces disent mieux la vie que mille syllabes – que sept-cents-quatre-vingts-six consonnes et six-cent-dix-neuf voyelles. Qu’y a-t-il de plus fort qu’un « Je t’aime » ? De plus troublant qu’un « Tu me manques » ? De plus ravageur qu’un « C’est fini » ?

« Prends soin de toi », fais attention, écoute-toi, préserve-toi. Aime-toi. Une injonction à rester en vie de la manière qui te sera la plus douce, « Choisis ». Prendre soin de soi, c’est se regarder nu dans le miroir, c’est apprendre la géographie de sa tête, de son corps, c’est identifier les plaies, mettre des mots sur les cernes bleues qui nous barrent le visage, c’est voir au-delà du reflet les tempêtes qui se jouent à l’intérieur et prendre le temps de s’arrêter pour panser les grosses blessures et les petites égratignure, de se prendre dans les bras et de se dire « Ca ira ». Prendre soin de soi, c’est aussi se lever un matin et constater que « Tout va bien », inspire-expire, et remercier le ciel, la Terre, la famille, les amis (on n’a que les Dieux qu’on se donne) d’être ici. En vie.

Par ailleurs, la notion de soin de soi ne peut s’affranchir selon moi de la nécessité d’être libre. Libre de ne pas être d’accord, libre d’opérer les choix qui me rendront heureuse, libre d’avoir les idées claires, de ne pas me laisser embobiner par des croyances qui ne sont pas les miennes, libre de faire mes expériences – même s’il me fallait échouer -, libre enfin de ne mentir ni à mon coeur ni à ma peau.

Voilà comment, à vouloir vous parler de ma petite routine de soin minimale, j’en suis venue à vous parler d’amour, de batailles et de sérénité – la vérité, c’est que lorsque je m’installe derrière mon clavier, je ne sais jamais jusqu’où les mots vont me mener. Alors, puisque vous êtes toujours là, je voudrais vous présenter quelques uns de mes alliés. Adopter des produits naturels, basiques et bon marché a tant d’avantages que je peux garantir que je ne risque pas de changer d’avis dans quelques mois – ne plus être dupe des promesses élaborées dans les départements marketing des grosses sociétés allège non seulement le portefeuille mais renforce également la confiance en son propre jugement (égale la liberté, « ce qu’il fallait démontrer », la boucle est bouclée).

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L’huile vierge de coco bio n’est plus à présenter, elle me sert d’hydratant pour le corps et entre dans la composition du déodorant le plus simple et le plus efficace qui soit (recettes ici et ici), tout comme le bicarbonate de soude (qui trouve mille autres usages au quotidien), la fécule d’arrow root (qui peut, à l’instar de la fécule de maïs, servir de shampoing sec même si avec mes cheveux de bébé j’ai quelque difficulté à éviter l’effet « j’ai plongé ma tête dans un bol de farine ce matin ») et l’huile essentielle de tea tree (petit miracle contre les imperfections du visage, notamment, mais à utiliser avec énormément de précaution, les huiles essentielles n’ont rien d’anodin). Le savon de Marseille (attention aux faux), quant à lui, a remplacé chez moi les gels douches couteux, nocifs et non respectueux de l’environnement. Enfin, l’huile d’amande douce me sert à la fois de démaquillant (une fois qu’on s’est fait la main, c’est un vrai bonheur) et, après avoir pris soin de rincer correctement mon visage, d’hydratant (à condition de masser sur peau humide afin que le corps gras pénètre dans la peau). Parce que je ne crois plus aux promesses des marques, cette routine m’a appris à accepter ma peau telle qu’elle est – bien plus normale que ce que l’on veut bien nous faire croire au travers des médias – et à en prendre le plus grand soin. Parce que la vie, encore et toujours, je crois que vous voyez bien.

Et vous, dites-moi, comment prenez-vous soin de vous ?