Nos absences passagères

HoiHan

Il est parti à l’aube ce matin, sac sur le dos, un peu plus au nord qu’à l’ordinaire. J’ai dit « je me lèverai bien assez tôt pour te dire au revoir ». Mon réveil a sonné, j’ai ouvert un oeil, j’ai murmuré « bon voyage » en l’embrassant et j’ai sombré dans le sommeil, au fond des draps, pour ce qu’il me restait de petit matin à grappiller. Une heure plus tard, j’étais sur mes pieds, dans l’appartement vide pour deux petites semaines seulement. Alors j’ai mis de la musique de ballet, j’ai glissé dans l’eau du bain et me suis demandé comment on faisait, encore, pour vivre seul. Oh, pas que nous soyons, G. et moi, une entité insécable, non. Il nous est arrivé souvent de nous perdre de vue, volontairement, quelques jours, quelques mois même – ce besoin d’indépendance, j’en suis certaine, fait notre force aujourd’hui – mais pas de coeur, ah ça jamais. Seulement, au coeur de ce mois de juillet, les circonstances ont décidé à ma place, et il est entendu que je veillerai, son voyage durant, sur le petit appartement. Bien sûr il y aura l’épreuve du soir, comment fait-on pour s’endormir dans une maison vide ? Pour le reste, j’admets qu’il me tarde de faire l’expérience de cette petite liberté. N’avoir à informer quiconque de mes détours, de mes retards. M’autoriser à débrancher internet et la télévision, enfiler mes chaussures pour explorer les alentours sous un jour nouveau, le pas plus lent, le pas plus long, et user sans mesure de ce temps qui n’appartient qu’à moi.

Je sors de l’eau, sèche dans l’éponge les gouttes qui ruissellent sur ma peau, saisis l’huile d’amande douce, trois gouttes dans mes mains mouillées, et entreprends de réveiller les traits de mon visage marqué par trop de nuits trop courtes. Tandis que je noue dans le bas de mon dos ma jupe bleue, j’avise les livres, épars, que j’ai accumulés ces derniers temps en prévision des jours que je passerai en ermitage, pour mon plus grand bien, c’est certain. Ceux-là seront les piliers de ma petite université d’été. Au fond, le plus compliqué, dans cette histoire, sera de décider par lequel commencer.

Je charge mon sac de quelques fruits et tourne la clé dans la serrure. Ce matin, je descends là, sur ce trottoir que je connais par coeur, j’accueille le ciel bleu avec un gratitude infinie – cher été, comme tu nous avais manqué ! -, le vent doux glisse sur mes jambes nues et je nous remercie, G. et moi, de nous autoriser ce manque, ces petites solitudes qui nous apprennent à nous apprivoiser nous-mêmes, loin de tout autre regard que le nôtre, en propre.

Bon voyage, mon G., mais reviens quand même, à la fin, tu veux bien ?

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20 comments

  1. Cet article… des frissons partout ! Je connais exactement ces sensations, nouvelles, fraîches, effrayantes je trouve parfois et pourtant… essentielles ? Le défi du soir et des draps un rien trop froids reste… un défi. On s’habitue vite à cette chaleur de partager le quotidien à quatre mains.
    Bises

    1. S’endormir seul, le soir, doit être une question d’habitude. C’est si rassurant de sentir toutes les nuits la chaleur de la peau de l’autre. Seule, je me sens vulnérable. Alors je mets en place de petits stratagèmes pour ne pas y penser, parce que je souhaite plus que tout me libérer de ce sentiment de vulnérabilité, et parce que j’aime bien trop ma liberté. Merci, une fois encore, pour tes mots <3

  2. Très jolie note… <3
    Il est vrai que l'on s'habitue bien vite à vivre, dormir, respirer à deux… mais, parfois, les journées ou soirées en solitaire ont ce goût si particulier que tu décris si bien.

    1. Ces parenthèses n’éveillent pas les mêmes sentiments chez tout le monde. Mais lorsqu’elle sont essentielles, il est primordial de se donner les moyens d’en vivre aussi souvent que nécessaire. Merci beaucoup :)

  3. Moi aussi j’aime apprivoiser la solitude, même si je me rends compte que j’ai de plus en plus de mal à le faire. Avant ça ne me posais pas de problème et au contraire j’adorais la liberté et l’indépendance. Maintenant c’est un peu différent, mais j’espère aussi qu’il y aura des moments comme celui que tu décris si bien !! Des moments de Carpe Diem …
    Bises

    1. C’est intéressant ce que tu dis là. Je me demande quel rapport j’entretiendrai avec ce besoin d’indépendance d’ici quelques années.

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