Mes nourritures terrestres

zafu

On me demande parfois si mon goût pour l’alimentation saine et naturelle me vient de notre voyage en Asie. Question à laquelle je réponds invariablement que, en effet, cela y a très certainement contribué. Mais pas de la manière dont ceux qui posent la question peuvent l’imaginer. Alors que notre périple touchait à sa fin et que je partageais sur le réseau social bleu mon bonheur d’avoir pu explorer les hauts lieux de l’alimentation biologique de la ville de Chiang Maï, j’avais déclaré en rigolant « Je suis partie convertie, je reviendrai prêcheuse ». Pourtant, étonnamment, je ne dois pas cet enthousiasme à la délicatesse de la cuisine asiatique comme nous la concevons depuis nos canapés en Occident. Non. Si la cuisine vietnamienne nous a séduits par sa finesse et sa légèreté (les plats débordent d’herbes merveilleuses), le Cambodge et le Laos nous ont frustré par l’impossibilité pour nous de cuisiner (promis, manger dans la rue ou au resto tous les jours pendant quatre mois peut être épuisant) mais, surtout, les habitudes alimentaires en Thaïlande nous ont effarés (loin de moi le désir de généraliser, je parle ici bien entendu de ce que nous constaté en milieu urbain, témoignages à l’appui, ou dans les îles du sud, le nord étant encore relativement préservé de l’influence américaine). Seven Eleven à tous les coins de rues, plats baignant dans l’huile de palme, aliments frits dans les marchés, sucre et glutamate utilisés à qui mieux mieux. Pire ! Au journal télévisé, les thaïlandais étaient invités à ne pas consommer de fraises de culture non biologiques parce que, cette année-là, les cultivateurs avaient eu la main un peu trop lourde sur les pesticides. Pris au piège par de grands groupes américains, les fermiers voient leurs terres s’appauvrir depuis quelques années, tombent malade, décèdent des suites d’intoxications aux produits qu’on leur impose tandis que le grand seigneur Monsanto s’enrichit, bedonnant, dégoûtant. Autant dire que le mois et demi passé là-bas nous a semblé bien long vu depuis nos assiettes.

Mais. Au beau milieu du Laos, nous avons rencontré J., 72 ans au compteur, nutritionniste, kynésiologue, instructeur de plongée, entre autres choses fascinantes. Français expatrié, ayant vadrouillé toute sa vie aux quatre coins de la planète mais avant tout bon vivant, il nous parle longuement d’alimentation, de soin de soi mais aussi de la difficulté de bien manger en voyage. Poursuivant notre route vers le nord, il nous invite à passer le voir chez lui, à Chiang Maï, il a encore tellement de choses à raconter, et nous tellement de choses à apprendre. Trois semaines plus tard, on se retrouve tour à tour à partager un repas fabuleux mais si simple qu’il a à lui seul modifié ma façon de concevoir les miens, à filer en moto dans les rues de la ville à la découverte des meilleurs marchés biologiques en passant par l’université d’agronomie et à rentrer les bras chargés des plus gros avocats qu’on ait jamais rencontré, de papayes, de bananes, de lemongrass, de mangoustans et de thés verts fabuleux (en grande consommatrice de thé vert que je suis, ma déception a été immense lorsque j’ai constaté qu’ils ne servaient dans les quatre pays traversés que du Lipton Breakfast, la pire insulte faite au thé, dans quasiment toutes les homestays). Ce jour-là, c’était le festival des fleurs, et je me souviendrai longtemps je crois du goût des fraises et des tamarins qu’on a mangés assis sur le trottoir à regarder défiler les chars les plus kitschs qu’on ait jamais imaginés.

Voilà. Voilà pourquoi, depuis ce voyage entre autres, je ne jure que par le riz complet cuit 45 minutes à la vapeur, par les fruits et légumes sans artifices, par les noix, les graines, par les produits non transformés et cultivés dans des conditions éthiquement acceptables – voire exemplaires. Pour tout dire, les aliments sont un peu comme les minuscules bébés de mes amies, de petits miracles devant lesquels je ne peux m’empêcher de m’exclamer « Cela peut sembler un peu naïf, mais c’est incroyable comme c’est merveilleux ».

(Toutes les photos sont issues de mon compte Instagram)

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7 comments

  1. J’ai pris tellement de plaisir à lire ton article ! Et à découvrir l’origine de ton goût pour les aliments « au naturel » sans artifices, pour les bons produits tous simplement. Avais-tu parlé de ce long voyage en Asie sur ce blog (ou un autre ?), j’adorerais en lire d’avantage <3
    Merci pour cette petite parenthèse ailleurs
    Bises

    1. Ton petit mot me touche beaucoup, merci ! Il m’est arrivé de faire allusion à ce voyage çà et là mais je n’y ai pas véritablement consacré d’article. Je suis partie de novembre 2012 à mars 2013, sacs au dos, avec mon amoureux sillonner le Vietnam, le Cambodge, le Laos et la Thaïlande. On tenait alors un blog que tu trouveras ici : http://hanoibangkok.blogspot.be/
      Merci encore et belle soirée/journée :)

  2. La cuisson du riz, 45 minutes ? Je ne savais même pas que ça existait (merci société de consommation du rapide). Tu l’achètes où ? Je suppose que son gout est complètement différent ?
    (non je n’ai pas retenu que cette info là de ton article ;) )

    1. Haha, c’est fou comme on a tendance à être conditionné par ce qu’on veut bien nous proposer :) Le riz qui cuit en 10 minutes est, de mon point de vue, une aberration. La plupart des riz de supermarché sont des riz précuits très pauvres en nutriments. Le vrai riz complet met plus de temps à cuire mais est mille fois plus intéressant et a bien meilleur goût. J’achète le mien en boutiques bio, en vrac souvent. Il faut le nettoyer, éventuellement le faire tremper quelques heures (mais ça n’est pas fondamental, il cuira simplement plus vite et sera plus facile à digérer) et le cuire soit par absorbtion (une fois que toute l’eau est absorbée par le riz, laisser encore reposer avec le couvercle fermé) ou à la vapeur (j’ai la chance d’avoir un excellent cuit-vapeur, il me suffit de mettre 1 tasse de riz pour une tasse d’eau dans un bol et de laisser cuire 45 minutes, même pas besoin de surveiller).
      Voilà, j’espère avoir pu t’éclairer un petit peu ;)

  3. Oui merci :)

    En fait je connais le riz complet, ma grand-mère achète tout en magasin bio. Mais je ne l’ai jamais vue le nettoyer, ni que cela prenait 45 minutes..

    En toute honnêteté je ne consomme quasiment pas de riz, car je ne l’aime pas beaucoup (très fade). Je tenterai version bio :)

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