Hallelujah

bougies

Du haut de mes neuf ans, je plante mon regard dans la flamme d’une bougie. A genoux, accoudée à la table basse, mains jointes et doigts croisés, je fixe la lueur vacillante de toutes mes forces, de tout mon coeur, à m’en brouiller la vue. Jaune, orange, noir, blanc, le feu, la cire pâle, je cherche un signe, un indice, Sa présence, à m’en brûler les yeux. Je serre un peu plus fort mes mains l’une contre l’autre, j’en tremble mais je ne cille pas. On m’a dit « Bon-Papa est parti », je n’ai pas pleuré, je ne sais pas très bien ce que la mort veut dire, où elle veut en venir ni ce qu’elle attend de nous. S’il n’est plus là, c’est qu’il doit être autre part. Le soir, enfoncée sous la couette, je lis l’histoire de la Vierge Marie que j’ai trouvée dans le grenier. La réponse doit bien se trouver là, sous mes yeux, dans le livre blanc et bleu ou dans le feu fragile des bougies. Longtemps après cet été-là, j’ai continué à considérer les flammes des bougies comme des petits mondes en puissance dans lesquels étaient logés des mystères trop grands pour que je parvienne à les saisir vraiment. Peut-être, me disais-je, me faudrait-il du temps pour comprendre, peut-être un jour assisterais-je à mon tour à une illumination divine. En attendant, je resterais sur mes gardes et n’oublierais pas mes questions. Je crois que j’ai beaucoup de questions à poser à Dieu.

J’avais neuf ans et j’expérimentais – pour la première fois si fort – le besoin de croire. Pourtant, si mon éducation a été naturellement empreinte de morale judéo-chrétienne, nous n’étions pas une famille très pratiquante. Je n’ai pas connu les prières avant les repas ou avant la nuit et l’on ne parlait pas de religion à la maison. Mon obsession pour la quête d’une preuve de l’existence de quelque chose de grand ne m’a pas été imposée, je me suis mise sur ce chemin de mon plein gré. Il y a avait du Beau dans les chants qui résonnent dans les églises, du Bon dans les les mêmes phrases reprises en choeur, du Mystère dans les bougies et de l’Irrationnel dans les osties. Je ne demandais pas à mes parents de me conduire à la messe parce que je croyais en Dieu et en Jésus, j’allais à la messe pour comprendre pourquoi ils étaient tous là, fidèles au poste, le samedi soir ou le dimanche matin. Qu’est-ce qui les animait, au juste ? Qu’est-ce qu’ils avaient compris que je cherchais encore ? Est-ce que j’étais des leurs ?

Le temps passant, j’ai fini par ne plus passer la porte des églises, sinon pour les visiter. Peut-être, après tout, n’y avait-il rien à comprendre. Peut-être que ce Dieu-là ne m’appartenait pas. Aujourd’hui, j’observe avec une sincère bienveillance les gens qui ont véritablement la foi, quelle que soit leur confession. Il y a dans ces hommes et ces femmes qui prennent à témoin une Force intangible une certaine forme de Vérité. Il y a dans les chants qui résonnent sous les voûtes une Puissance capable de me submerger. Il y a tout à la fois dans les édifices saints une Noblesse et une Humilité nécessaire.

Si vous me demandiez « Es-tu croyante ? », je vous répondrais que « Non, je ne pense pas ». Alors qu’au fond de moi, vous savez, je meurs d’envie de croire en quelque chose de Grand. Mais je ne suis pas certaine de l’avoir encore trouvé.

Et vous, est-ce que vous croyez ?

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3 comments

  1. Moi je suis certaine que c’est en toi, que tu l’as déjà trouvé, mais que tu ne sais pas encore où et comment !! Moi aussi étant plus jeune (j’ai une grand-mère protestante très croyante et très pratiquante et j’en avais une autre d’origine russe très croyante également), je parlais à Dieu en chuchotant, je faisais sans le savoir des souhaits (ce que je fais aujourd’hui pleinement consciente dans le bouddhisme), j’entrais dans les églises en me posant mille questions, j’avais une petite image de Marie bien rangée dans mon bureau. Je pense que si tu te posais autant de questions alors que tes parents ne pratiquaient pas, c’est que cela venait vraiment de toi ! Donc cette foi, ou cette confiance tu l’as déjà, mais elle n’a pas encore été entièrement révélée. C’est comme un négatif de photo, c’est là, mais il faut juste certaines conditions pour que la photo apparaisse telle qu’elle est. Même les grands maîtres bouddhistes « Tulkous » ont besoin d’une certaine éducation, pour que leur pratique et leurs connaissances puissent être à nouveau réactualisées !
    Bises

  2. Je te conseille un livre que je suis en ce moment en train de lire ; ‘conversations avec Dieu’ de Neale Donald Walsch. Ce livre est incroyable. Si tu te poses certaines questions, il peut t’amener vers une réflexion. Je ne l’ai pas encore terminé mais je suis chamboulée de cette lecture.

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