Du temps

10KohYao (1) (1)

 

Il y a des gens fantastiques, qui me collent au coeur alors même que je les connais à peine. Parce qu’ils ont le même petit grain que moi planté dans la tête, parce qu’ils ont les mêmes questions qui tournent au fond d’eux, les mots s’échangent sans qu’on les compte. Ce midi, le feu a pris autour d’une soupe ayurvédique. A-yur-vé-dique. Je veux dire, c’est un peu fou, ce mot-là relevait pour moi du sombre domaine de la magie il n’y a pas si longtemps.
Et justement, à un moment, on a parlé du temps. Pas la météo, non, je ne suis pas du genre. Du temps nécessaire aux changements d’habitudes, du temps qu’il faut pour se familiariser et s’approprier des modèles de pensées, pour construire de nouveaux repères et pour apprendre à se connaître.
Ces derniers temps, il arrive que je me heurte à d’autres personnes qui ont au fond d’eux des modèles très différents du mien. Parfois parce qu’ils l’ont élaboré de leurs mains, souvent parce que leur éducation le leur a livré clé en mains. Le problème, alors, n’est pas tant la confrontation d’idées et de valeurs étrangères entre elles – un débat constructif et riche en arguments qui viennent à la fois de la tête et du coeur est très enrichissant. Non. Ma limite à moi réside danscette volonté égoïste de vouloir ouvrir les perspectives de certains de mes proches sur des sujets que je – égoïste, j’ai dit – trouve importants.
Alors que j’aimerais en toute sincérité partager mes connaissances et découvertes dans les domaines de la santé, de l’alimentation ou encore de la pensée positive, alors que je souhaiterais tant que mon interlocuteur ait lu les mêmes ouvrages que moi, il me faut freiner des deux pieds en me rappelant que nos parcours sont différents et que chacun est libre de décider de ses priorités.
Si ayurvédique ne sonne plus comme de la magie noire dans mon oreille, si je ne mange presque plus de viande, si je prends un plaisir fou à posséder le moins possible, si je m’éclate à revenir les bras chargés de légumes du marché bio, il est bon que je me rappelle avant de jouer les bons samaritains que ces comportements ont mis du temps à s’installer pour devenir des habitudes élémentaires. Et que des leçons en accéléré ne serviront en rien mes interlocuteurs puisque la théorie ne remplacera jamais le pouvoir formidable de l’expérimentation. En vérité, je ne pense pas encore avoir trouvé la formule qui me permettrait de dialoguer sereinement sur ces sujets qui me touchent sans que mon discours ne paraisse dogmatique et sans que ne se pointe la sournoise culpabilité ou le sentiment d’affront. C’est un équilibre complexe, compliqué. Alors, plutôt que de jouer un rôle illégitime, j’apprends à observer, à échanger discrètement ; je prends le temps.
Et vous, vous le gérez comment ce mélange de subjectivité et d’objectivité, de bonheur égoïste et d’élan altruiste ?
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