Dimanche, des carottes

starbucks

Cher vous,

Ce matin, c’est dimanche. Vous savez, j’ai longtemps redouté les dimanches. Cette journée cachée tout au bout de la semaine incarnait pour moi le plus sournois des sabliers ou, non, mieux, une clepsydre détraquée. Oui, il y avait souvent de l’eau le dimanche, qui tombait du ciel gris, comme un couvercle, le ciel – avez-vous lu Baudelaire ? Oh, vous devriez. Enfin, peut-être que je n’ai bien voulu retenir que ce qui arrangeait ma triste théorie, peut-être qu’après tout il ne faisait pas si gris que ça. Peut-être qu’il y avait du soleil parfois.

J’ai grandi et j’ai commencé à les aimer, ces dimanches doux qui riment avec petits déjeuners grandiose, gâteaux qui gonflent dans le four, la famille et le temps qui ne compte presque pas. Comme en suspens. Je ne vous parle pas du suspens des mauvais films d’action, non. J’ai en tête un très grand nuage, non, des élastiques. Je suis attachée au bout de deux longs élastiques, c’est ça. Mes pieds pendent au-dessus d’un vide qui n’en est pas un puisqu’il n’y a que du vide autour. Je suis au milieu d’une atmosphère sans consistance, en apesanteur. Ils sont aériens, mes dimanches, ils sont heureux.

Et ce matin, voyez-vous, ce dimanche s’annonçait différent. Un lever embrumé, le corps noué dans les draps, les plis creusés sur la peau, la tête empêtrée dans un rêve flou. La pluie dehors, le vent. Ces jours-là, il faut y remédier. On ne peut pas juste les laisser filer leur coton en douce. Il faut les saisir par le corps avant qu’ils ne vous embrouillent.

Je suis sortie dans le froid, emmitouflée comme un ours dans sa vraie fourrure, et je suis revenue avec au creux des bras des oeufs – une douzaine, j’adore les oeufs, notez-le bien – et du beurre – je n’aime pas le beurre, je ne le tolère que bien enfoui dans les desserts. J’ai mis de la musique spéciale dimanche pluvieux – Rainy Sunday, littéralement, comme je vous parle. Une heure plus tard, mon petit appartement soupirait d’aise sous les effluves du premier carrot cake maison de la saison.

A ce moment précis, j’ai su que ce dimanche-là était sauvé. Mais je sais bien qu’il s’agissait d’un pré-matin d’hiver et qu’il y en aura d’autre à récupérer avant que je ne m’habitue à cette lumière qui, jour après jour, s’en va toujours plus tôt. Que je vous dise au creux de l’oreille : il annonçait la transition vers les dimanches enroulés dans l’ouate et imprégnés de l’odeur des allumettes. La petite fille aux allumettes, c’était une de mes histoires préférées quand j’étais petite. Mais je pense que c’en est assez pour aujourd’hui.

Prenez bien soin de vous, il commence à faire rudement froid dehors.

Je vous embrasse,

C.

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