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Goldentriangleloop 35
Cet hiver, j’ai vécu quatre mois la tête à l’envers, à 9000 kilomètres à contre-sens, en défiant la course du soleil, vers l’est, mon plus long voyage. Tous les deux jours, des nouveaux murs, un nouveau lit, un siège de bus, une couchette de train. Est-ce que j’ai eu 53 chez moi ? Non, j’ai vécu dans ces chambres les yeux fermés ; la vie c’était le jour, sous le soleil, la poussière sur la peau. Est-ce que chez moi tenait tout entier dans mon sac à dos rouge ? Non, j’aurais pu tout perdre et tout acquérir à nouveau, rares sont les objets qui ont fait l’aller-retour à mes côtés. Est-ce que chez moi c’était ces paysages et ces cultures si différents ? Non, je n’étais que de passage, je n’y ai rien construit, je m’adaptais mais plus le temps passait, plus « chez moi » me manquait. Les rues grouillantes de scooters, le soleil brûlant, le sable blanc, la sonorité des langues, les coutumes, les nouilles à toutes les sauces, c’était bien. Mais c’était ailleurs.
Alors, c’est où chez moi ? Peut-être Bruxelles, la ville, la capitale. Un quartier vert et calme. La petite épicerie bio, le glacier, les étangs et les bancs à l’ombre des arbres. Des petits vieux attablés au bistrot et des petits tout court qui courent sur la place avec une glace fondue qui colle entre les mains. Une vieille maison, un appartement blanc, des plafonds indécemment hauts, un très grand lit. Des valeurs, une routine, des repères.
Pourtant, si aujourd’hui Ici est chez moi, ça pourrait très bien être ailleurs demain. Mes liens n’ont pas de forme, pas de matière, pas de plan, pas de rue, pas de murs. Etre à la maison, c’est me sentir chez moi à la terrasse d’un café, dans un parc, avec dans la bouche un thé que je connais par coeur, avec à ma table des personnes éblouissantes, avec dans la main mon Indispensable. Etre chez soi c’est s’ouvrir une fraction de seconde à l’idée qu’on est arrivé là comme si c’était une évidence.
C’est être en équilibre entre la vie que j’aime et celle à laquelle j’aspire, c’est être d’accord avec moi, c’est avancer. Et vouloir y rester pour la vie entière, jusqu’à ce que je pose le pied dans un nouvel endroit qui fait tambouriner mon corps en sourdine à l’intérieur. Parce que chez moi doit être teinté de liberté et de mille possibles, je ne veux pas d’autres attaches que les coeurs qui battent autour de moi.
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