La vie au salami

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Les yeux plongés dans un roman, je bringuebale au rythme du bus qui accélère, tourne, s’arrête et redémarre. Je laisse derrière moi une journée sans histoire – j’ai le vague à l’âme, juste un instant – et file tout droit vers la maison. Les pages tremblent, les mots vacillent au gré des bosses sur la route mais je m’accroche à ces deux personnages que je rêve de secouer et à qui j’ai envie de crier « Hé ! Vous. Au nom de quelle imprudence vous accrochez-vous au malheur comme des étoiles de mer au bois pourri des épaves qui gisent par cent mètres de fond ? ». C’est vrai ça, comment peut-on s’oublier jusqu’à ne plus parvenir à vivre qu’à travers l’autre ? Ces deux-là me fatiguent mais, pour une raison qui m’échappe, je m’accroche à la poignée de pages qu’il me reste à parcourir.

C’était sans compter sur cet homme qui s’invite à côté de moi, le genre qu’on ne voit pas trop, le genre gentil mais qui porte son casse-croute en bandoulière. Un casse-croute au salami. Et moi, je ne suis pas trop copine avec le saucisson fumé. Alors, naturellement, la vitesse, les tournants et le salami viennent à bout de ma concentration. Je ferme le livre blanc, le glisse dans mon sac et jette un oeil par la fenêtre. L’avenue défile, grise, un peu sale, la même presque tous les matins, la même presque tous les soirs.

Samedi me revient. Je pense à cette promenade nouvelle à travers les bois et les chemins de boue, de pavé, de cailloux. Je dis à G. « Tu vas trouver ça un peu niais, et ça l’est certainement. Nos promenades ressemblent un peu à notre vie à deux. Il y a toi devant, moi derrière, il y a les passages que tu m’aides à traverser, puis il y a toi qui traîne, moi qui coupe à travers, mais on finit toujours par marcher côte-à-côte, à un moment. On se tient la main, un peu, on se lâche, beaucoup, mais on ne se perd jamais vraiment de vue. Ca se tient, non ? Tu peux rigoler. » Alors on rigole, parce que rigoler, ça on sait faire. Puis il admet, pas trop sérieusement quand même, que ce n’est« pas tout à fait faux ».

Samedi, il y a mes plans pour une nouvelle vie qui ne tient qu’à une décision pas assez raisonnable, qu’à un coup de tête, un coup de folie, un coup de coeur. Il y a les pour, les contre, les nuances et les questions. Dimanche, au prix d’une belle bousculade, les contre ont finit par gagner. Mais la bataille livrée trois jours durant dans mon esprit a laissé sur mes lèvres un goût de « Je sais ce dont je suis capable, je sais ce dont j’ai envie ». Alors lundi, je suis là, dans ce bus – le même presque tous les matins, le même presque tous les soirs -, ce bus que j’emprunterai quelques semaines encore puisque je l’ai décidé, ce bus qui sent le salami mais ce bus qui m’emmène sur la route d’une vie – quelle chance ! – que je me suis choisie.

Holy Bagels * NYC > Bruxelles sur un vélo

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Cet après-midi, l’oreille collée au téléphone, j’écoute A. me raconter les derniers tourbillons de sa vie digne d’un roman initiatique. Je suis fascinée par ce destin qui les embarque, elle et K., sur des routes improbables jamais trop raisonnables, qui les envoie valser à l’autre bout de la ville, du pays ou bien du monde, les rencontres fortuites et les heureux hasards. Toutefois, alors que ce mot-là s’impose à moi par tout ce qu’il contient de mystère et de merveilleux, je n’ai jamais eu moins envie d’y croire qu’en ce moment, au hasard. Je lui dis « Tu as l’art de dégoter des amis formidables » et lorsqu’elle me répond « Je dois avoir de la chance », je ne suis pas dupe une seule seconde. A. fait partie de ces gens tellement libres et vrais qu’ils attirent les belles choses et les belles rencontres. De ces gens qui agissent sur leur environnement et titillent leur bonne étoile en provoquant volontairement du mouvement dans leurs systèmes solaires.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de deux amis de A. la belle : Mélodie et Jacques. Il y a quelques semaines, A. me donne rendez-vous à midi pour aller manger des « bagels sur un vélo ». Ce jour-là, le long des étangs d’Ixelles, j’ai fait la rencontre de deux belles personnes qui ont décidé, au nom de l’amour de leur ville et de la cuisine, de mettre tout leur coeur dans un magnifique vélo triporteur. Ils se sont rencontrés avec chacun leur histoire sur le dos, se sont mariés et, de la passion de Mélo pour les bagels américains et du talent de boulanger de Jacques est né Holy Bagels. Une ode à la passion, une ode à la volonté de suivre son coeur et son intuition, une invitation à bouleverser les codes « parce qu’on a qu’une vie ». Je ne vais pas vous mentir, ils ne m’ont pas dit ces mots-là. Mais, dans ma tête, je jurerais que c’est ce que leur vélo noir m’a raconté.

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Si vous souhaitez en savoir davantage sur Holy Bagels, n’hésitez pas à les suivre et à les soutenir sur leur page facebook. Ils se baladent de quartiers en marchés à Bruxelles pour vendre non seulement de très bons bagels, mais également un café de grande qualité et des cookies à tomber pour le petit-déjeuner.

Et puis, si vous passez leur dire bonjour, prenez le temps de papoter un peu. Quelque chose me dit que ces deux-là vous colleront le sourire jusqu’aux oreilles pour le reste de la journée :)

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L’été dans nos mains

 

 

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Un soir de ceux qui suivent une de ces journées automatiques, je dis à G. ma crainte de voir filer l’été à la vitesse d’une comète, du solstice de juin à l’équinoxe de septembre, sans que je ne sois parvenue à y goûter pleinement. Je lui dis ma crainte de ne vivre vraiment l’été qu’au creux de l’hiver, inconstistant, fantasmé. L’été dont on parle comme un rêve un peu flou, emmitouflé dans une couette en plumes en regardant la pluie battre les carreaux, ceux-là même qu’on évite d’ouvrir trop souvent tant on craint l’air piquant du dehors.

On a compté sur nos doigts avant de se dire qu’il nous restait trop de nuits à égrainer d’ici les vacances, d’ici la petite voiture grise lancée sur les routes, d’ici la montagne, d’ici l’Océan. Alors, on s’est regardé dans les yeux et on s’est promis de ne plus laisser passer les jours comme s’ils ne comptaient pas. Tour à tour, on dresserait d’ingénieux stratagèmes pour saisir en passant toute la lumière de cette saison jaune, de l’aube au crépuscule du soir, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Ce soir, à l’heure où le soleil entame sa lente descente derrière les grands arbres, il y a du pain, du fromage et le rouge sacré du petit village. Tandis que le parc s’anime au rythme des promeneurs, que les ombres s’allongent, j’écoute G. me parler de voyages, de partage et du bonheur d’aller voir ailleurs. Ce soir, pieds nus dans l’herbe, on est heureux pourtant d’être ici, la peau rougie par la chaleur ocre de la fin du jour alors que, dans un seul geste, on lève nos verres pour trinquer à cet été qu’on a fini – « tu vois ? » – par rattraper.

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Point cadeau : Vos témoignages à propos de lectures qui vous ont marquées d’une manière ou d’une autre au cours de vos vies ont été un vrai bonheur à lire. De la bibliothèque rose aux ouvrages méconnus, il y a là un monde à explorer. J’ai noté précieusement toutes ces références pour m’assurer de ne plus jamais me retrouver en panne d’inspiration à l’avenir. Merci à toutes d’avoir pris le temps de vous raconter.

Cependant, il a fallu que le sort décide de la destination de ces quelques livres. J’ai confié cette décision à une main innocente qui a décidé que Combien tu brilles hériterait de tout ça. Je te contacte par e-mail pour les détails concernant l’envoi :)

concours

Bel été !